Aucun des deux présidents de France Télévisions dont j'ai accompagné les mandats n'ont daigné comprendre ce qu'était réellement l'ère du numérique. Au risque de me répéter, il faut se souvenir que Gérard Eymeri -ex France Télécom- répétait à qui voulait l'entendre au début des 5 ans de Marc Tessier qu'il n'y aurait "jamais de télévision sur internet".

A cette époque, toujours grâce aux vues perçantes de France Télécoms et d'Eymeri, nous avions perdu le peu d'avance que nous étions en train d'acquérir sur le multimédias avec la chaine Régions. 

La vérité est qu'alors les "patrons" techniques des chaînes -mais aussi les responsables éditoriaux- pensaient que l'internet n'avait aucun avenir économique et que le minitel était le vecteur du développement: c'est dire !

Pour faire comme si -mais sans pression contraire de l'actionnaire- les têtes pensantes de la télévision publique ont créé France Télévisions Interactive..... On a d'abord mis à sa tête un journaliste qui savait ce que l'éditorial pluri médias pouvait faire puisqu'il avait fondé la chose sur Europe 1!

On l'a vite remplacé par un polytechnicien qui y est resté depuis....

Pour ce monsieur, issu lui aussi de France Télécom, l'éditorial n'est pas une préoccupation essentielle. Servi par la croissance naturelle de l'internet, les taux de clics augmentent suffisamment vite pour que les conseils d'administration s'en satisfassent...
Mes interventions successives -dont il faudra bien rendre compte un jour en détail documents à l'appui- n'ont servi à rien: France Télévisions -en additionnant bien sur toutes les marques du groupe- est toujours au 20 eme rang des sites français... Tessier et Carolis ont la même préoccupation: les taux d'audience... et la "création" !
En clair, ils ont inféodé leurs deux présidences au lobby des producteurs privés. Une des marques indélébiles de cette prégnance est le flot continu du livre des entrées et des sorties entre la télévision publique et les grosses -ou petites- boites de prod.
Politiquement, on le voit bien aujourd'hui, les producteurs sont trans courants.
Hier Tascaniens, aujourd'hui -peut être- Sarkoziens si la soupe est bonne !
Cela dit de remarquables choses ont été produites mais nos producteurs étaient ils meilleurs lorsqu'ils étaient "fonctionnaires" de la télévision publique ou depuis qu'ils sont à leur compte ?
Pour ce qui les concerne, cela fait très longtemps qu'ils ont effectué le passage au numérique multi supports.... 

On externalise, on externalise ! (Et au fait que deviennent les intermittents dans le puzzle Copé)

Dans les conditions de France Télévisions, moderniser ça veut dire tout simplement faire passer les rédactions à l'ère du numérique. Rien de plus, rien de moins ! Physiquement, il ne reste plus que les rédactions à faire du "contenu" dans l'audiovisuel public hexagonal !

Qui s'y frotte s'y pique ! Alors, personne n'ose.

Je me souviens avoir évoqué les "29 rédacteurs en chef de France 2 et les 30 rédacteurs en chef de la rédaction nationale de France 3" devant Tessier, Jean Pierre Jouyet, alors administrateur de France Télévisions m'avait interrompu: "C'est vrai, Monsieur le Président, ce que dit Loiseau" Oubliant brutalement qu'il venait de sauver Bilalian venu se plaindre des remises aux normes commencées avec courage par Pierre Henri Arnstam, Tessier: "Oui, c'est vrai et c'est pour ça que j'ai nommé Mazerolles: il va faire le nettoyage !"

Monsieur le Ministre Jouyet, les rédacteurs en chef, ils sont -à une vache près- 50 à France 2 et à peu près autant à France 3: qui s'y frotte s'y pique !

Alors, vous pensez bien que passer tout le monde au multisupport que de sources d'emmerdes !

Aucun des deux présidents ne s'y est frotté: relisez sur ce blog, l'hommage de la CGT à Tessier: rien n'a changé ! Nous sommes toujours devant la même incapacité à nous adapter au temps présent. Et les chantiers du Président Carolis ne touchent pas ni de près ni de loin les rédactions!

Alors quand Dominique Baudis nous a demandé à Marcel Trillat et à moi-même ce que nous pensions, en tant qu'administrateur, de la reconduction de Tessier, nous avons dit non. Ca ne nous semblait pas la meilleure solution. Nous pensions tous les deux aux lacunes de la modernisation des métiers dans cette entreprise. Et au vide stellaire de la réflexion sur le sujet.

Les présidents changent: pas les méthodes. Tessier savait travestir la réalité mais il y a un point sur lequel il est battu: le contorsionnisme !

Chez Carolis, c'est du grand art !