L'objet de la réorganisation de France Télévision et le passage d'une holding de près de 50 sociétés à une seule n'est pas le retour à l'ORTF mais la conséquence du passage de l'entité publique de télévision à l'ère du numérique.
Cette évolution est inéluctable: Elle était bien évidemment prévisible. Rien de plus aveugle que l'autruche qui cache sa tête dans le sable.

En fait l'autruche en question est une hydre à plusieurs têtes.
D'abord les patrons du service public de la communication audiovisuelle depuis 2000: Marc Tessier et Patrick de Carolis. C'est en tant qu'administrateur de France télévision pendant huit ans que je fais ce triste constat : les PDG – tout énarque et polytechnicien qu'il soit pour le premier, tout producteur de talent qu'il est pour le second – n'ont pas été capable de mener à bien un projet industriel. 

Au moment, au l'ensemble de la presse internationale réfléchissait et entreprenait des mutations – du New York Times au Monde en passant, pourquoi pas, par Libération- au moment où la BBC – un modèle pour tout le monde – et d'autres télévisions européennes se mettaient en route pour cette mutation, on a préféré sur les quais de la Seine ignorer totalement ce qui se passait dans le reste du monde. 

Les lecteurs de ce blog savent que ce qui précède est le résumé de constatations catastrophiques accumulées pendant huit ans de mandat au conseil d'administration de France Télévisions. Parlons maintenant de l'actionnaire unique : l'Etat ! Nulissime !Une des caractéristiques des énarques qui sont aussi inspecteurs des finances, c'est de prendre le commun des mortels pour un con !
En dehors de ça, guère de possibilités de dialogue ! 

Il en est à France Télévision comme chez Renault ou a la SNCF: la prévision n'est pas le point fort des représentants de l'Etat dans les Conseils d'administration !

  • Ils n'ont pas vu venir la crise énergétique et ont ignoré la voiture électrique,
  • ils n'ont pas vu venir la crise énergétique et ont ignoré le transport ferroviaire,
  • ils n'ont pas vu venir les mutations technologiques et ont ignoré la télévision numérique. 

Un constat accablant certes mais qui ne sera pas marqué à leur débit, puisque énarques et inspecteurs des finances se partagent le pouvoir dans ce pays depuis des décennies. 

Et puis, et je tenais à le dire, il y a les députés et sénateurs qui siègent au conseil. Plus trouillards qu'eux, tu meurs !
Je me souviens d'une rencontre avec les députés UMP chargés du dossier peu avant la mise en route de la commission Copé : je leur ai indiqué le régime de cheval qu'il faudrait -selon moi- imposer à France Télévision pour que le service public puisse se transformer et continuer à remplir ses missions dans un environnement technologique complètement bouleversé. Au bout d'une demi heure d'exposé, la réponse a été claire: "vous voulez la révolution ?"

Comme s'il était possible de refaire le coup de Tchernobyl afin de laisser penser qu'on pouvait passer à côté.
Je vois aujourd'hui Didier Mathus s'agiter de nouveau sur les bancs de l'assemblée. Il s'en prend au dossier spécifique de France Télévision Publicité. Juste un mot pour M. Mathus qui a siégé lui aussi au conseil d'administration de France Télévision à l'époque où la gauche était au pouvoir! Sincèrement, je n'ai pas souvenir qu'il avait plus de clairvoyance que ses confrères de l'UMP. 

Enfin, il y a les syndicats ! Tous ne sont pas, heureusement, logés à la même enseigne !
Puisque j'ai été élu ou réélu deux fois en tenant ce discours d'une évolution inéluctable et sans doute meurtrière pour les personnels. Mais il y a chez les syndicalistes comme chez les patrons les mêmes autruches ! La garantie du "maintien des avantages acquis" ne peut pas, dans le cadre d'une révolution technologique et industrielle tenir lieu de politique : c'est clair ! On va, c'est totalement clair pour moi, vers un conflit majeur dans ce secteur. 

Comme il s'agit de la télévision publique, c'est d'un véritable débat national qu'il devrait être question. 

Pour ce qui me concerne, j'appelle depuis plusieurs mois à la tenue d'états généraux sur le sujet qui concerne

  • le monde de l'éducation,
  • celui des nouvelles technologies et de l'industrie
  • et surtout le public,

tous ceux qui payent la redevance et qui se lamentent bien souvent devant leur poste devant des programmes qui ne leur donnent pas satisfaction.

Dernier secteur concerné : celui des producteurs. De divertissement ou autre. Je les recense en dernier parce qu'après avoir semé le bordel dans le paysage, le Président de la République leur a laissé carte blanche pour aménager la protection de leur magot : c'était l'objectif de la commission Copé, c'est réussi !

Je reviendrai dès demain sur cet ensemble en fusion parce que des solutions existent.

La colère m'est montée au nez à la lecture du texte de ma consœur parce que j'ai cru déceler, dans ce que propose Carolis, des idées que j'ai à moult reprises exprimées, notamment, sur la nécessité pour les journalistes de se mettre au multisupports ! Ce sont toutes ces années perdues qui conduisent aujourd'hui le personnel dans le mur ! Carolis a toujours refusé – je dis bien refuser et j'en ai la preuve – d'en arriver à cette solution tout comme il s'est opposé à la fusion des rédactions, etc. etc.

Carolis n'est pas un homme de l'avenir : c'est un homme du passé et il est totalement scandaleux que l'Etat s'en remette à lui pour réorienter une entreprise qu'il a contribué à maintenir dans un passé révolu.... 

Comment pourrait il réussir en quelques mois ce que lui et son prédécesseur n'ont pas réussi à faire en huit ans ?