On peut sincèrement s'interroger sur ce que sont devenus les médias de service public dans ces deux cas de figures: le désert total -sonore et visuel- en cas de panique.
L'absence de passage d'un média d'information à un média de services : je suis sûr que si nos radios et télés locales avaient été capables de réagir aux injonctions de météo France, aux interrogations des préfets, aux consignes de la sécurité civile, la puissance de ces médias conjugués aurait permis sans aucun doute d'épargner des vies.

Cela fait plusieurs mois que, dans un contexte totalement différent, je m'interroge sur ce qui subsiste de cette notion de service rendu dans la pratique quotidienne de nos chaînes de télé et de radio dites de service public.

Mon interrogation remonte au déplacement du président Bush -je crois- sur les plages du débarquement où -en plein milieu d'un discours – je ne sais plus il s'agit de celui du président français ou celui du président américain – la retransmission a été interrompue pour que le programme normal de France 3 reprenne.
On lui a coupé la chique et après l'intervention d'un présentateur, on est revenu aux programmes habituels

Je mentionne cet épisode -qui n'a encore une fois a rien à voir avec la météo et les précipitations- parce qu'il m'a permis d'interroger le conseil d'administration sur la spécificité d'un service public de la télévision !

Lors de la réunion du conseil d'administration qui a suivi cet épisode, je me suis emporté contre cette interruption grossière.
La réponse qui m'a été faite par les responsables de l'époque a été la suivante : ceux qui veulent suivre ce genre d'intervention ont toujours la possibilité d'aller écouter les discours des politiques sur les chaînes d'information continue.
Textuel.
Comme chacun sait, France Télévisions n'a pas été autorisé par la droite à donner suite à son projet de chaîne d'info puisque c'est l'alliance avec TF1 qui a été choisie -France 24- au détriment d'ailleurs de la diffusion en France.

En clair,donc, les responsables m'expliquaient que, pour suivre dans leur intégralité l'intervention du chef de l'État français et celle de son homologue américain, on aurait eu tout intérêt à regarder la télévision privée : un comble.

Cet épisode navrant s'est reproduit dimanche dernier lors du discours du président Sarkozy au Salon de l'Agriculture. Tout le monde disait que ce discours serait important. Seules, B.F.M TV et I'Télé ont retransmis en direct l'intervention du chef de l'Etat: je laisse aux exégètes et aux politiciens le soin de disserter pour savoir si dans ce cas, France 3, chaine des régions, aurait du diffuser le discours du chef de l'etat !
Service public ? liberté éditoriale des journalistes ? communication gouvernementale ? France Télévisions est elle une télévision comme les autres lorsque nos concitoyens ne sont pas tous équipés pour recevoir le numérique ?

Digression, vous l'aurez remarque.

Et l'on n'en revient au déchaînement des éléments naturels.

Météo France avait lancé l'avis d'alerte plusieurs jours avant qu'il ne se déclenche. Une alerte rouge, ce qui n'est pas fréquent du tout. Et l'on a vu dans un récent documentaire d'Arte que pour le secours en mer -par exemple- le délai avait été mis à profit pour peaufiner les éventuelles interventions.
C'est là que je m'interroge.
Comment se fait-il que radios et télévisions locales -j'entends celles de service public bien entendu- n'aient pas eu le réflexe professionnel de se mettre en position de bataille pour préparer d'éventuelles émissions spéciales -breaking news- pour le moment où les éléments allaient se déchaîner.

Sur Facebook, je me remémorais ces images qui ont précédé le cyclone mortel de la Nouvelle-Orléans – mais qui sont régulièrement diffusées aux Etats Unis– qui nous montrent "avant" l'arrivée des ouragans, les habitants prendre leurs précautions en mettant de côté ce qui risque d'être cassé ou détruit.

De la prévention et des conseils !



Honnêtement avez vous déjà vu des interventions de ce type dans les journaux normaux avant une catastrophe annoncée dans l'hexagone ! Non ! C'est comme si, par principe, les télévisions et les radios ne tenaient pas compte des alertes de la météo.

Lorsque je me suis renseigné -à Paris- sur le pourquoi et le comment on m'a fait remarquer que c'était à l'initiative des pouvoirs publics que radios et télévisions se mettent en ordre de bataille. Et l'on a fait la comparaison avec la fameuse grippe H1N1 ou, pour une fois, à l'appel des différents ministères concernés, des réunions de préparation se sont tenues qui ont permis de mettre en place un protocole d'intervention sous forme d'émissions spéciales. Celles ci n'ont pas eu lieu puisque la grippe elle même a fait long-feu !

Dans le cas des tempêtes et des alertes météo, rien !

Mais je me permets de m'interroger !
Il y a certes l'injonction, mais il y a aussi le réflexe professionnel.
Je n'ai pas l'intention d'enfoncer ici mes confrères -puisque comme je le montrais avec l'épisode du discours normand de Bush- le syndrome qui consiste à oublier les caractéristiques spécifiques du service public sont largement partagées au sommet de l'édifice.

Je pense que le sujet est suffisamment important pour qu'il donne lieu à une réflexion collective ! D'autant que, compte tenu du dérèglement climatique, nous n'en avons sans doute pas fini avec ce genre de drame!
Avant de porter un jugement définitif sur la question, je vais me livrer à un petit travail d'enquête.

Je me borne aujourd'hui à l'interrogation: vos réflexions et témoignages sont les bienvenus !