Dans l'aventure malienne,tout commence sur le plan politique avec l'arrivée des forces spéciales françaises il y a quelques heures dans ce qu'il est convenu d'appeler -pour simplifier- "la zone touareg"..... Tombouctou, Gao, Kidal...... Ce qui précède est un appetizer.
Il ne faut pas confondre Touaregs et "fous de Dieu" même si c'est la dernière révolte des premiers -dans les frontières maliennes- qui a permis aux seconds de s'installer dans la zone. Il ne faut pas oublier non plus que la troisième composante de "l'armée malienne" se trouve en Azawat puisqu'un colonel "malien" mais touareg a fait dissidence il y a quelques mois et devrait se trouver encore dans les parages avec ses hommes, ses armes et l'éxpérience d'un entrainement de plusieurs mois avec les forces contre-terroristes américaines.....

En fait il y aurait donc 3 armées maliennes !
1) Celle qui se bat au coté de l'armée française et que l'on voit à la télévision. Celle la semble soutenir le Président Traore, président par interim et qui n'est pas un président élu
2) Celle qui continue à palabrer dans ses casernes et dont on ne sait plus rien sauf qu'elle est à l'origine du coup d'état mais qui ne semble toujours pas avoir fait allégeance au nouveau chef de l'état
et 3) la branche touareg que je viens d'évoquer et dont on ne sait rien non plus ou presque......
Pour l'instant les "observateurs", les "analystes" bloquent la crise dans les frontières coloniales du Mali mais ce me semble être une totale vue de l'esprit....

La meilleure preuve qu'il s'agit en réalité d'une confrontation régionale est, selon moi, la participation du contingent tchadien.... Il est déjà engagé sur le terrain -même si le Tchad n'entretient pas de rapports militaires avec la CEDEAO- après être passé par le Niger et le Burkina Fasso.... Ce détachement des forces spéciales tchadiennes est commandé par le propre fils du Président Idriss Deby.... Ce contingent est reconnu comme étant un contingent résolu, particulièrement aguerri à la guerre du désert.... et pour cause l'armée tchadienne l'a emporté sur les fameux toubous qui sont les cousins tchadiens des touaregs....
Les toubous installés eux aussi sur plusieurs frontières -Libye, Tchad, Niger- viennent de voir leur importance politique et militaire reconnue par la Libye puisque la langue des toubous est reconnue comme langue nationale. Ce qui est une grande première dans un pays où jusque la il fallait parler arabe et seulement arabe pour être entendu.
Cette avancée linguistique est la traduction politique d'une nouvelle réalité en Libye: les toubous contrôlent aujourd'hui tout le Nord du Pays..... "Tentes", "familles", "clans" touaregs et toubous se chevauchent dans plusieurs zones "désertiques" et notamment au Niger. Ces deux "ethnies" n'ont pas la même langue ni tout à fait la même pratique de la religion musulmane mais, de mon point de vue, il y a plus de choses qui les rapprochent que de choses qui les divisent... Il y a quelques années en arrière, je me souviens qu'un des rêves de Khadaffi -que j'ai interviewé à Tripoli à l'époque de la détention de Madame Claustre par les toubous- était de fédérer ces populations du désert pour les rattacher d'une façon plus ou moins autonome à la Libye.....
Il en est resté quelque chose même si les toubous n'ont pas soutenu le colonel Khadaffi alors que certains touaregs ont combattu à ses cotés....
Il y a aujourd'hui une environnement économique et minier, culturel et religieux qui peut donner corps à un tel ensemble saharien.

Par ailleurs les pillages de Tombouctou ne sont que la résurgence de conflits bien plus anciens entre les "noirs", les "blancs" (les arabes) et les "rouges" (les touaregs) et aux empires songhaïs, mandingues, maliens, etc....

Malgré sa force de frappe évidente, ses capacités technologiques, ses résultats avérés ces dernières semaines, l'armée français et par la même l'ancienne puissance coloniale est loin d'avoir remporté la partie.... Cela se joue maintenant à l'africaine....

Pour l'instant, "les fous de Dieu" n'ont plus d'amis.... Je ne suis pas sur que cela dure très longtemps.... Certes, la table a été renversée et ils sont devenus les otages d'une situation dont ils avaient auparavant réussi à faire leur miel.... Mais pour combien de temps ? Cet épisode est derrière nous même si AQMI sera utilisée dans les prochains mois comme renfort par les uns ou par les autres pour modifier le rapport de force autour du verre de thé....

Du verre de thé ?
Oui, parce que l'équilibre va se faire, à mon avis, autour de l'emmergence obligatoire de la reconnaissance d'une entité historique saharienne....
Sur ce point, les discussions -qui concernent seulement la reconstruction du Mali- ont commencé depuis longtemps dans une instance ad-hoc à Ouagadougou. Cette recomposition négociée entre les "noirs", les "blancs" et les "rouges" a été voulue par les algériens avant le déclenchement de l'opération Serval et la prise d'otage de la BP.... MAIS elle ne concernait que les composantes de la scène malienne.... Je serai prêt à prendre le pari que, pour des raisons qui vont s'imposer, elles vont être amenées ces discussions à prendre une tournure plus "régionale".....

Bamako restera le centre de la reconstruction du Mali -de quel Mali ?- politique et militaire..... Il est temps que la France social démocrate nous explique comment elle voit -sur ce chapitre- les contours de cette nouvelle intervention.....
Et comment l'Europe va avaliser ce "plan" français.....

Sans oublier les otages, pour ce qui me concerne, j'ai trouvé que le 1er épisode engagé contre les "fous de Dieu" avait été plutôt bien joué..... Je suis loin d’être certain que les diplomates, qui vont remplacer aujourd'hui les militaires aux avant postes de l'actualité, vont être aussi performants que le COS.....
Même si le mari de Madame Touraine est un ancien ambassadeur de France à Bamako ;-))
Dans la république hollandaise le Président est le chef des armées et c'est lui qui conduit la politique étrangère de la France, on attend toutefois pour matérialiser le changement que tout cela se fasse dans le débat et la transparence.... Ce qui est loin d’être le cas aujourd'hui !